Sylvie TAURELLE
Artiste Plasticienne /Ecrivain

PARCOURS

Les années initiatrices

Née à Avignon en 1957, issue d’une famille provençale d’antiquaires et d’amateurs d’art, dès mon plus jeune âge, mon œil et mon esprit en éveil se formèrent dans un milieu artistique foisonnant, et c’est en cette Provence natale, terre d’art et de festivals, que s’élabora mon idéal esthétique.
Après un bac Philo et dans l’idée de parfaire mes Humanités, je m'inscrivis en faculté section Lettres et Philosophie pendant deux années.
Puis… grand questionnement sur la voie à suivre.

Je désirais être artiste. Écriture, peinture, architecture ?
Ce seront ces trois disciplines qui jalonneront mon parcours.
Fascinée par la « commune présence » au monde qui peut unir peintres,  architectes, décorateurs, poètes, philosophes… je fraternisai alors en esprit avec ces « communautés électives » qui constituèrent la colonne vertébrale de toute mon histoire sensible, intellectuelle et artistique.

Mon dessein était de capter la polyphonie du monde, de saisir le secret vivant commun à toutes les choses visibles et invisibles, pour les transformer en énergie et en art.

J'écrivais des poèmes, je dessinais, puis je m’exerçai à la gravure auprès d’un atelier et exposai localement. Mes gravures furent remarquées par une galeriste américaine et quelques-unes exposées aux États-Unis. Un recueil de poèmes « Pierre écarlate du regard » fut publié aux éditions Saint-Germain-Des-Prés (recueil faisant toujours parti du fond de la Maison de la Poésie d’ Avignon).

Mon intérêt pour l’architecture et les arts décoratifs, initié par mon milieu, me rattrapa. L’œil et l’esprit désiraient être affûtés à cette rigoureuse discipline. J'entrepris un cursus à l’école des beaux-arts d’Avignon, puis des études à l’école d’architecture de Montpellier où j'obtins mon diplôme d'architecte D.P.L.G (avec félicitations) pour une thèse intitulée « Portes et seuils ou la dialectique du dedans et du dehors», un essai d’anthropologie de l’espace remarqué par mes professeurs.

 

La vie professionnelle

Au sortir de mon diplôme, ce fut l’architecture en libéral - et en artiste - puis en association avec Patricia Servel, décoratrice.
Nous réalisâmes et conçûmes ensemble divers chantiers d’aménagements et de constructions contemporaines, nous nous orientâmes ensuite vers la rénovation et la remise en valeur d’un patrimoine privé apportant de cette façon notre modeste collaboration à « cette action dans la cité » dont parle Sénèque. Cette approche plus intimiste de l’espace, alliant passé et modernité en des atmosphères et des dialogues subtils et discrets ainsi que dans un style et une écriture en quête d’intemporalité et d’authenticité, nous permit ainsi de redonner vie à des lieux oubliés sans les bousculer, respectant leur histoire et leur patine.
D’autre part, je pratiquais le « sur-mesure », dessinais des meubles et des objets en céramique, en verre, en plâtre, je réalisais des panneaux peints et des trompe-l’œil. Deux collections de mobilier en séries limitées et des pièces uniques firent l’objet de nombreuses expositions et salons — à la galerie Noëlla Gest à St Rémy-De-Provence où je mis en scène quelques-unes de ces pièces uniques en bois noirci dialoguant avec des toiles abstraites, au « Grand magasin », à l’école d’Avignon du patrimoine architectural, à Paris dans une galerie du Marais —  De nombreux reportages, dans la presse française et la presse anglaise (Maison Française, Elle Décoration, Côté Sud, Maisons Méditerranée, MSO…) qui appréciaient l’esprit de notre travail, présentèrent nos créations et nos réalisations.

À travers une approche globale, la préoccupation de l’architecte est de donner un sens à l’expérience de l’Habiter, « l’Homme habite en poète… » (Hölderlin via Heidegger), d’allier lieu révélateur, mémoire et vérité intérieure afin de renforcer notre implication dans l’espace et affiner notre conscience dans la clarté de l’être.

 

Le secret des coulisses

Durant toutes ces années où l’architecture et les arts décoratifs étaient au devant de la scène, dans le secret des coulisses, je pratiquais toujours l’écriture et créais ainsi mon espace littéraire.
Trois livres se construisirent comme espace où être,  et ceci prit la forme de trois romans philosophiques : « Villa Sophia » (l’architecture, les arts et la quête spirituelle), « Les chevaux du vent » (la peinture), « Le sang du calame » (l’écriture).

 

Le renversement

À une époque charnière de ma vie, qui marquera un voyage sans retour vers une autre forme d'être au monde, prenant conscience que ma pratique professionnelle n’était plus en cohérence avec mes véritables aspirations, je décidai de mettre en place un nouveau projet de vie me permettant de me consacrer à la réflexion dans les domaines de la littérature, de l’art, de la philosophie, de la théologie, ainsi qu'à l’écriture et  à la peinture qui s'imposèrent dans leur réciprocité comme "nécessité intérieure" et véritable espace de mon expérience de l'Indicible.

Ecrire… «  sur la terre… »

Dans le retrait, l’écriture continua ainsi son chemin : deux recueils de poèmes « Un jour nouveau » et « L’ample région », un essai sur Caravage ou  l’homme tragique et Dieu, intitulé « Mystique de l’apparition », un recueil de pensées « Le Maître de la beauté ». La recherche d'éditeurs pour ces ouvrages fait partie de mes projets. 
Un recueil intitulé UN BOUT DE CIEL, issu de mon journal spirituel a vu le jour le 24 mars 2016 aux Éditions Médiaspaul. Voir sur ce site la rubrique "ANNEXES/ACTUALITÉ" ainsi que "ECRIRE/LIVRES.
Voir également ce lien:  http://mediaspaul.fr/catalogue/un-bout-de-ciel-8838

 

DÉMARCHE

La peinture comme « mystique de l’apparition »

La peinture donc, en dialogue avec l’écriture, inaugurait une nouvelle interrogation du monde.

« Alors Yahvé modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant . » Gn 2.7

C’est l’origine divine de toute la Création, et en particulier de cette "matière  première" – terre, glaise, glèbe…— dont l’homme a été façonné selon la Bible, de ce souffle de vie dont l’âme a été animée, qui semble nous avoir dotés d’un organe pour communiquer avec les énergies divines. C’est « l’œil éternel du monde » qui met en sympathie le monde visible, le monde invisible et l’homme, cet « œil » qui a déposé en ce dernier un mystérieux savoir rétinien, une mémoire originelle de l’Être du monde dont il a perdu les clés, et que l’artiste tente de retrouver.

L'art permet de faire apparaître la force de "l'intériorité invisible de la vie".  D'après Michel Henry.

« L’œil voit le monde, et ce qui manque au monde pour être tableau. » Merleau-Ponty .

Selon mon approche, l’artiste dans sa quête me semble devoir être à l’écoute du « chant profond de la matière » — la matière telle que devenant le lieu de reconnaissance d'une transcendance —, cette materia prima des alchimistes qui lui sera donné de transformer. L'artiste est un capteur de présences révélatrices. Il capte l’instant du chiasme, cet entrecroisement des forces émergentes d’un instant d’éveil, cette rencontre épiphanique entre le regard, le monde visible et invisible et notre intériorité,  le transmuant en forme et force d’apparition.

Sur cette voie s'inscrit mon travail. Tenter d’extraire les secrets de cette polyphonie du monde, de transmettre la force noétique qui l’habite, de revêtir l’invisible d’une forme, « Dévoiler une chose c’est l’éclairer par la forme : lui trouver une place dans le Tout. » Lévinas. Tenter d’approcher le mystère de cette mémoire inscrite dans la chair du visible, dans la nature, capter et isoler, par une ré-appropriation d'un regard spiritualisé, l’infime détail, souverain parce que devenu signe primordial, médiateur d’un mystère à questionner, arrière-monde émettant du sacré, l’engranger, l’oublier, le laisser tisser des accointances avec d’autres présences, pour que plus tard la main, le geste, en une « lente épiphanie », par une approche incertaine, indéfinie ou inspirée, par une abstraction vitale, le transfigure, le rende à son invisibilité advenue, à sa présence autre, à son apparition. Marquer ce surgissement inattendu du sujet en son absolu mystère à travers une peinture abstraite et matiériste en quête de vitalité, tenter d’instaurer un dialogue avec l’Être présent dans la chair des choses, et le transcrire sur la toile en éclats de matières rugueuses, épaisses, épiderme originel, magma de terre, de pigments, de cendre, en éclats de signes insulaires, de formes calligraphiques spontanées, de messages comme des flux d’improvisations, des écritures (poèmes, psaumes…) effacées, travaillées par l’usure du temps ou issues d’une « illisibilité originelle », « des écritures non faites pour être lues » mais pour que les mots, émancipés, en une éclipse du sens ou en croissance de sens, laissent advenir l’énergie d’un hors-sens primordial. « L ‘écriture est originairement hermétique et seconde » J. Derrida.

Acte obscur – « Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre » » Jn 8.6 -  Nul ne sait ce qu’Il a écrit — écritures non faites pour être lues — message mystérieux sur le corps de la terre — terre avec laquelle nos corps ont été façonnés.  Cet acte, médiateur d’un mystère à questionner, dans son étrangeté s’est inscrit en mon esprit comme une part emblématique de ma quête dans la peinture et l’écriture.

 

La photographie ou le chiasme révélateur

La photographie, qui m'a été enseignée à l’école d’architecture, s’est également imposée dans mon parcours. Je la pratique aujourd’hui  comme un outil pour « voir l’abstraction du réel », comme un carnet de notes visuelles, un répertoire de ce que le monde visible, dans son impermanence, porteur de mystères et de signes, m'offre à surprendre de l’Être des choses.

 

« … Sortir de chez soi 

Franchir le seuil de ma demeure intérieure, parcourir pas à pas dans le silence, les paysages de cet arrière-monde qui se profile à même l’œil et l’esprit.
Parcours et démarche répondent à un appel auquel je me suis attachée à être dévouée corps et âme.

À cette question de Chi Nung, peintre chinois du XVIIe siècle (dans Souffle-esprit de François Cheng) :
« Dans l’immensité de cet univers, quel chemin suivre lorsqu’on est sorti de chez soi ? »  je serais tenter de répondre :
« Il n’y a qu’une voie, droite et étroite, et une infinité de chemins de traverse qui ne sont faits que de nos pas pour la rejoindre. »

À ce jour je vis et travaille à Terraube dans le Gers où mes œuvres sont exposées dans mon atelier.

Voir dans la rubrique ANNEXES de ce site la sous-catégorie ACTUALITÉ.

 

 

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